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Epilogue : la Séquence pythagoricienne des 22 Triomphes





La disposition arithmologique des 22 Atouts en quatre séquences est :


1+4+7+10=22


Elle s'insère dans la disposition pythagoricienne globale des 78 :
Arithmologie des 78 cartes
La méthodologie requiert que les Atouts soient disposés comme si l'on ignorait leur valeur iconographique ou ludique en ne tenant compte de leur valeur ordinale c'est à dire de la première à la vingt-deuxième position


Le problème de l'Ordre des Atouts rend complexe et délicate le remplacement des nombres ordinaux du Nombre pentagonal 22 par le sujet allégorique correspondant dans la séquence des triomphes.
Je suis redevable à Michael Hurst lors de son " examen critique " de ma théorie de la séquence des Atouts en 1+4+7+10=22 Alain' s 1+4+7+10 analys of the trumps, d'avoir attiré mon attention sur les travaux de Michael Dummett [ The Game of Tarot and the 1985 FMR article, Tarot Triumphant ] ainsi que sur l'analyse du " Problème de l'Ordre des Atouts " de Thierry Depaulis dans " Tarot, Jeu et Magie " :
" Ses analyses [celles de M. Dummett], particulièrement celle publiée dans " The Game of Tarot " ne sont pas si différentes de l'analyse que vous présentez ici. (Les différences sont seulement votre bizarre placement du Fou et votre ségrégation du Bateleur.) Tous deux, vous divisez les Triomphes au Pape et à la Mort, ce qui donne un regroupement tout à fait intelligible des séries en trois types de sujet. La seule différence " apparente " entre vos deux analyses, c'est que vous vous concentrez sur ce qui accessoire, le nombre d'images dans chaque groupe, tandis que Dummett se fixa sur ce qui est essentiel, le type de sujet dans chaque groupe " (Michael Hurst, LTarot : "Alain's 1+4+7+10 theory")

Que M. Hurst considère comme incident, le Nombre, et comme essentiel, l'Image, n'est pas ici l'important - même si la croyance de M. Hurst en une primauté du Signifié (l'Image) sur le Signifiant (le Nombre) relève davantage de la subjectivité que de l'objectivité : comment sinon rendre compte de la séquence 22 quant il s'agit des poèmes de Boïardo ou des Honneurs du Sola Busca ?
Rien n'interdit de penser que la prédominance finale de la structure en 78 cartes se décomposant en 22 Atouts, 56 cartes (4x10+4x4) appartienne au registre de la contingence donc du hasard - ces nombres seraient alors purement fortuits et aléatoires. Néanmoins, on l'aura compris, je ne partage pas cette opinion. L'important n'est-il pas que l'arithmologie du Nombre pentagonal 22 (aspect quantitatif) coïncide, de façon non fortuite, avec l'analyse historique et symbolique de la série allégorique des Triomphes (aspect qualitatif) ?
T. Depaulis examine 12 ordres différents issus des "jeux existant actuellement", "des jeux anciens" et "des sources littéraires".
L'analyse des 12 ordres conduit à la mise en valeur dans la séquence des Triomphes de 3 " blocs " - à condition de " faire abstraction des 3 Vertus " (Tempérance, Justice et Force) :


Mises à part le positionnement du Bateleur (et celui non mentionné du Math en pénultième et 22 ème position), l'analyse de la séries des Atouts en 3 séquences de Dummett et Depaulis offre en effet de surprenantes similitudes avec les 4 enceintes du nombre pentagonal 22 = 1+4+7+10
La disposition arithmologique des 22 sujets allégoriques du Tarot classique s'avère conciliable avec 2 des trois grandes typologies mises à jour par Dummett et Depaulis.: les Types B (" la plus ancienne connue " : T. Depaulis, op. cit ) et C (" celle du TdM et de ses descendants comme le Tarot de Besançon et le Tarocco Piemontese " : T. Depaulis, op. cit. ) .

" La positon des 3 Vertus au milieu de ces 3 blocs successifs permet de regrouper les 12 ordres différents en 3 grands Types " dites A, B, C. (T. Depaulis, op. cit.)

Le Type B :

Le Type C :


Il ne pose pas de problèmes majeurs :


Nota bene :
Toutefois, seraient à exclure du champ d'une telle structure le Type A correspondant au " Tarocchino Bolognese actuel, le Tarot sicilien ( avec des modifications, le Minchiate (id.), le tarot dit de Charles VI et quelques autres jeux anciens " (T . Depaulis, op. cit)

L'alpha et l'omega de la séquence allégorique : Bagat et Math ?

Iconographiquement, la disposition pythagoricienne des 22 allégories en quatre enceintes soulève une double interrogation : les places de l'alpha et l'omega de la séquence des Triomphes - à savoir le Bateleur à l ' alpha et le Fol à l'omega de la séquence.
L'on notera que le Sermones de l'Ordre B positionne le Bagat en 1ère position et place le Math sur la vingt-deuxième ligne après le Monde, en 21ème position.
Le Pr Vitali dans " Tarocchi : Arte e Magia " examine les 12 plus anciens ordres du Tarot du XVIè siècle -et ce, depuis 1500 jusqu'à 1585.

L'ordine del Trionfi nei documenti del sec. XVI (p.120)

La disposition proposée s'avère conforme avec les plus anciens ordres datés de circa 1500 " Sermones de ludo. " et de 1521 " Pasquinata "

Anonimo Sermones de ludo. Circa 1500


P. Aretino Pasquinata 1521


Remarques :

La position du Fol à l'Omega de la séquence après le Monde ne signifie pas le Triomphe du Math sur le Monde mais suggère l'idée d'un Fou relevant peut-être de la divine folieIl Folle voire de la thématique ludique et subversive de la Fêtes des Fous du Moyen Age
"L'autre versant de la Messe des fous au Moyen age, c'est l'innocence merveilleuse, personnifiée par le FOU, qui supprime le chaos. Le "fou" -l'idiot du village, le plus démuni, le plus jeune de la communauté - incarne et fixe le VRAI CENTRE, et c'est par lui que l'on chasse le bouc émissaire"
Feast of Fools "la Messe des Fous se déroule dans la cathédrale, cadre idéal, car son architecture réunit toute la grandeur théologique médiévale et la vie des masses qui se sont conjuguées pour l'élever.. Néanmoins nous savons par les travaux de Julio Caro Banoja que les Fêtes es Fous ont vite gagné la rue : le peuple participait à ces fêtes qui n'étaient pas le seul apanage de clercs initiés. Les mouvements religieux de masse au Moyen age étaient surtout mobilisés par la maladie, la famine ou le désespoir ; ils ont laissé peu de traces sur les institutions ou la pensée médiévale. Pourtant, la foule itinérante, en quête de surnaturel et de miracle, "s'animait d'une grande confiance en elle-même, affichant un mépris pour toute discipline traditionnelle et toute contrainte. Son zèle l'entraînait à faire fi des structures de l'Eglise, à briser les barrières entre le peuple analphabète et les puissants lettrés, elle n'hésitait pas à dénoncer les choses à venir" (R. W. SOUTHERN, Western Society and the Church in the Middle Ages, p. 308). La Messe des Fous recueillera aussi l'énergie créatrice de ce peuple sans écriture."
Berry Hayward, La Messe des Fous

Placée dans une perspective carnavalesque, la figure du Bouffon serait à lier à celle des processions festives triomphales de la seconde moitié du XVè siècle.



Fol du Tarot dit de Charles VI


" Le Bouffon n'est-il censé évoluer en dehors de la procession carnavalesque, la suivant et s'agitant le long du défilé " comme le Fol du Tarot dit de Charles VI ?


Copyright Alain Bougearel

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